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Le durcissement de la politique migratoire de l’Union Européenne : entre sécurité, contrôle et tensions humanitaires

Avant toute chose, bonne année à tous nos lecteurs.


En ce début d’année, nous abordons la politique migratoire, toujours présente dans

l’actualité.


Depuis plusieurs années, la politique migratoire de l’Union Européenne (UE)

connaît un net durcissement. Face à l’augmentation des flux migratoires, aux crises

géopolitiques aux frontières de l’Europe et à la montée des préoccupations

sécuritaires et politiques dans les États membres, l’UE a progressivement renforcé

ses mécanismes de contrôle, au prix de débats intenses sur le respect des droits

fondamentaux et des valeurs européennes.


1. Une réponse à des crises multiples


La crise migratoire de 2015 a marqué un tournant majeur. L’arrivée de plus d’un

million de migrants et de réfugiés, principalement en provenance de Syrie, d’Irak

et d’Afghanistan, a mis en lumière les failles du système européen d’asile,

notamment le règlement de Dublin, qui fait peser la responsabilité de l’accueil sur

les pays de première entrée comme la Grèce, l’Italie ou l’Espagne. Depuis, l’UE

cherche à éviter une répétition de ce scénario en renforçant la prévention des

arrivées plutôt que la gestion de l’accueil.


Les conflits au Moyen-Orient, l’instabilité en Afrique subsaharienne, la guerre en

Ukraine et les conséquences du changement climatique ont accru la pression

migratoire. Dans ce contexte, la migration est devenue un enjeu politique central,

souvent instrumentalisé dans les débats nationaux et européens.


2. Renforcement des frontières et externalisation de l’asile


L’un des axes majeurs du durcissement réside dans le contrôle des frontières

extérieures. L’agence Frontex, dotée de moyens financiers et humains

considérablement accrus, joue désormais un rôle clé dans la surveillance, les

opérations de refoulement et l’assistance aux États membres. Cette évolution

suscite des critiques récurrentes, notamment concernant des accusations de

refoulements illégaux (« pushbacks ») et de violations du droit d’asile.


Parallèlement, l’UE a multiplié les accords avec des pays tiers, tels que la Turquie,

la Libye ou la Tunisie, visant à retenir les migrants en amont. Cette stratégie

d’«externalisation » permet de réduire les arrivées sur le territoire européen, mais elle

soulève de sérieuses préoccupations éthiques, les conditions d’accueil dans ces

pays étant souvent incompatibles avec les standards internationaux des droits

humains.


3. Le Pacte sur la migration et l’asile : solidarité conditionnelle


Adopté après de longues négociations, le Pacte européen sur la migration et l’asile

illustre cette approche plus restrictive. Il prévoit un renforcement des procédures

de filtrage aux frontières, une accélération des expulsions des migrants déboutés du

droit d’asile et une solidarité entre États membres qui peut être financière plutôt

qu’humaine. Autrement dit, les pays réticents à accueillir des migrants peuvent

contribuer par des financements ou un soutien logistique.


Si ce pacte vise à harmoniser les pratiques et à mieux répartir la charge migratoire,

ses détracteurs estiment qu’il privilégie la dissuasion au détriment de la protection,

et qu’il banalise une logique de détention et de tri aux frontières.


4. Des tensions avec les valeurs européennes


Le durcissement de la politique migratoire pose une question fondamentale :

comment concilier la maîtrise des frontières avec le respect des droits

fondamentaux et du droit d’asile, inscrit dans les traités européens ? Les ONG, les

institutions internationales et certains États membres dénoncent une dérive

sécuritaire qui affaiblit l’image de l’UE comme espace de protection et de

solidarité.


Dans le même temps, les gouvernements européens font face à une pression

électorale croissante, alimentée par la montée des partis populistes et anti-

immigration. Cette réalité politique explique en grande partie l’orientation plus

restrictive des politiques migratoires.


5. Une politique en quête d’équilibre


Le durcissement de la politique migratoire européenne reflète les tensions internes

de l’Union : entre solidarité et souveraineté, humanité et contrôle, idéaux et

réalpolitik. À long terme, de nombreux experts soulignent que la seule répression

ne suffira pas. Une politique migratoire durable nécessiterait des voies légales de

migration, une coopération équitable avec les pays d’origine et une meilleure

intégration des migrants, afin de répondre à la fois aux défis démographiques et

aux impératifs humanitaires de l’Europe.


Dominique Lemoine

Conseiller des Français de l’Etranger



 
 
 

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