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L’IDEE D’UNE FEDERATION EUROPENNE CONNAIT-ELLEUNE RENAISSANCE ?

Face au désengagement américain de la défense européenne et à la politique jugée

hostile à l’Europe du Président Donal Trump, l’idée de « resserrer les rangs » et

d’évoluer vers une plus grande intégration européenne, voire vers une fédération

européenne ou des « Etats-Unis d’Europe » fait-elle son chemin ?


L’actualité du début 2026 – notamment la crise du Groenland et la publication d’une

nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine jugée hostile à l’intégration

européenne – a donné à quelques cercles fédéralistes un angle supplémentaire pour

animer leurs messages en ligne. Mais il n’y a pas eu, à ce stade, d’éruption massive

sur les réseaux sociaux montrant que « la fédération européenne » vient d’être

adoptée comme l’argument dominant du débat public. Les discussions restent

confinées à des communautés pro-intégration et à des contenus très ciblés.


Un bon exemple de ce phénomène est la chaîne TikTok « Europe Federalist Swe »

évoquée par Lakmusz (janvier 2026). Son créateur, qui met en scène des vidéos AI

sur une armée européenne, explique que l’objectif est de « renforcer l’identité

européenne face à la Russie d’un côté et à des États-Unis imprévisible de l’autre »,

et que l’engouement a réellement redémarré après l’arrivée de Donald Trump à la

Maison-Blanche et ses premières décisions. Cette résurgence illustre bien la manière

dont le « désengagement » (ou l’« imprévisibilité ») américain alimente de nouveaux

hashtags et vidéos en faveur d’une défense collective davantage européenne.


Parallèlement, des organisations comme les Jeunes fédéralistes européens (« JEF »)

et l’Union des fédéralistes européens (« UEF ») multiplient les appels, à la fois sur

leurs sites et via leurs réseaux sociaux, pour rappeler que la redéfinition du lien

transatlantique – notamment après la dernière stratégie américaine – fait de la

« fédération » une nécessité de souveraineté. Le site de JEF souligne que la stratégie

nationale de sécurité américaine de décembre 2025 vise explicitement à « remodeler

l’Europe comme un ensemble d’États-Nations fragmentés », ce qui, selon eux,

justifie de porter plus haut la bannière de l’« Europe Fédérale ». De même, la

campagne « Time for an EU Declaration of Independence » lancée fin 2025 par

l’UEF prend pour point de départ les mêmes tensions transatlantiques et appelle à

une proclamation symbolique d’autonomie face aux pressions américaines.


En résumé, le désengagement (ou la remise en question claire de l’alliance

américaine en matière de défense) sert de catalyseur pour certains contenus

fédéralistes sur les réseaux sociaux, notamment chez les militants et créateurs pro-

européens qui utilisent TikTok, X et LinkedIn pour relayer des scénarios de défense

commune. Ce phénomène reste toutefois circonscrit. Il alimente des bulles de

discours plutôt que d’imposer une nouvelle tendance dominante, et il se manifeste

surtout par des publications de mouvements comme JEF/UEF ou de comptes

spécialisés, plutôt que par des hashtags massifs repris par l’opinion générale

Française ou européenne.


Le projet d’une transformation de l’Union européenne en fédération reste donc

essentiellement à l’état de débat intellectuel plutôt que de dynamique institutionnelle

concrète. Il n’existe aujourd’hui ni calendrier ni consensus politique clair en vue de

ce type de refondation: les traités européens continuent de reposer sur un principe

d’équilibre entre coopération intergouvernementale et institutions supranationales,

et les États Membres sont globalement attachés à la souveraineté nationale. Par

conséquent, la « fédéralisation » pure et simple de l’UE n’est pas à l’ordre du jour

officiel des dirigeants européens.


Cela dit, parallèlement aux influenceurs de réseaux sociaux mentionnés plus haut,

certains acteurs œuvrent pour donner une substance plus concrète à cette orientation.

Parmi eux :


Le Spinelli Group, un rassemblement de parlementaires pro-fédéralistes au

Parlement européen, qui milite pour une union politique plus intégrée;


Le Mouvement européen et la Fédération des fédéralistes européens (MFE), qui

défendent depuis longtemps l’idée d’une Europe fédérale;


Des partis et groupes politiques comme les Libéraux/Renew Europe et certains

membres des Verts qui plaident pour des institutions européennes plus puissantes;

Des think tanks (comme le Jacques Delors Institute) et universitaires qui mettent en

avant des scénarios de réforme fédérale, notamment dans les domaines de la défense,

de l’innovation ou de la politique sociale.


Sur le plan de l’opinion publique, l’idée de fédération européenne reste minoritaire

et très inégale selon les pays. Les sondages Eurobaromètre montrent une certaine

solidarité européenne sur des questions concrètes (projets de recherche, droits

sociaux...), mais l’idée d’un « gouvernement européen » ou d’un « État Fédéral »

ne fait pas consensus. Les citoyens demeurent attachés à leurs gouvernements

nationaux, et la montée du populisme et de l’euroscepticisme dans plusieurs pays

renforce la prudence vis-à-vis d’une intégration plus poussée. Dans certains pays

fondateurs (Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg), la population est en général plus

favorable à un renforcement des institutions de l’UE, mais même là, une

fédéralisation totale suscite des réserves. Dans les États d’Europe centrale ou

orientale, l’idée est souvent perçue comme une menace à la souveraineté, notamment

dans un contexte de défiance face à certaines décisions de Bruxelles.


En somme, l’idée d’une « fédération européenne » gagne peu de terrain dans

l’opinion publique générale, et le mouvement en faveur de cette transformation reste

principalement porté par des cercles politiques et intellectuels peu connus du public.

Aucun processus constitutionnel majeur (comme une convention de révision des

traités) n’est actuellement engagé pour franchir ce pas.


Dominique Lemoine

Conseiller des Français de l’Etranger


 
 
 

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