L’IDEE D’UNE FEDERATION EUROPENNE CONNAIT-ELLEUNE RENAISSANCE ?
- dlemoine1cl
- il y a 12 minutes
- 4 min de lecture
Face au désengagement américain de la défense européenne et à la politique jugée
hostile à l’Europe du Président Donal Trump, l’idée de « resserrer les rangs » et
d’évoluer vers une plus grande intégration européenne, voire vers une fédération
européenne ou des « Etats-Unis d’Europe » fait-elle son chemin ?
L’actualité du début 2026 – notamment la crise du Groenland et la publication d’une
nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine jugée hostile à l’intégration
européenne – a donné à quelques cercles fédéralistes un angle supplémentaire pour
animer leurs messages en ligne. Mais il n’y a pas eu, à ce stade, d’éruption massive
sur les réseaux sociaux montrant que « la fédération européenne » vient d’être
adoptée comme l’argument dominant du débat public. Les discussions restent
confinées à des communautés pro-intégration et à des contenus très ciblés.
Un bon exemple de ce phénomène est la chaîne TikTok « Europe Federalist Swe »
évoquée par Lakmusz (janvier 2026). Son créateur, qui met en scène des vidéos AI
sur une armée européenne, explique que l’objectif est de « renforcer l’identité
européenne face à la Russie d’un côté et à des États-Unis imprévisible de l’autre »,
et que l’engouement a réellement redémarré après l’arrivée de Donald Trump à la
Maison-Blanche et ses premières décisions. Cette résurgence illustre bien la manière
dont le « désengagement » (ou l’« imprévisibilité ») américain alimente de nouveaux
hashtags et vidéos en faveur d’une défense collective davantage européenne.
Parallèlement, des organisations comme les Jeunes fédéralistes européens (« JEF »)
et l’Union des fédéralistes européens (« UEF ») multiplient les appels, à la fois sur
leurs sites et via leurs réseaux sociaux, pour rappeler que la redéfinition du lien
transatlantique – notamment après la dernière stratégie américaine – fait de la
« fédération » une nécessité de souveraineté. Le site de JEF souligne que la stratégie
nationale de sécurité américaine de décembre 2025 vise explicitement à « remodeler
l’Europe comme un ensemble d’États-Nations fragmentés », ce qui, selon eux,
justifie de porter plus haut la bannière de l’« Europe Fédérale ». De même, la
campagne « Time for an EU Declaration of Independence » lancée fin 2025 par
l’UEF prend pour point de départ les mêmes tensions transatlantiques et appelle à
une proclamation symbolique d’autonomie face aux pressions américaines.
En résumé, le désengagement (ou la remise en question claire de l’alliance
américaine en matière de défense) sert de catalyseur pour certains contenus
fédéralistes sur les réseaux sociaux, notamment chez les militants et créateurs pro-
européens qui utilisent TikTok, X et LinkedIn pour relayer des scénarios de défense
commune. Ce phénomène reste toutefois circonscrit. Il alimente des bulles de
discours plutôt que d’imposer une nouvelle tendance dominante, et il se manifeste
surtout par des publications de mouvements comme JEF/UEF ou de comptes
spécialisés, plutôt que par des hashtags massifs repris par l’opinion générale
Française ou européenne.
Le projet d’une transformation de l’Union européenne en fédération reste donc
essentiellement à l’état de débat intellectuel plutôt que de dynamique institutionnelle
concrète. Il n’existe aujourd’hui ni calendrier ni consensus politique clair en vue de
ce type de refondation: les traités européens continuent de reposer sur un principe
d’équilibre entre coopération intergouvernementale et institutions supranationales,
et les États Membres sont globalement attachés à la souveraineté nationale. Par
conséquent, la « fédéralisation » pure et simple de l’UE n’est pas à l’ordre du jour
officiel des dirigeants européens.
Cela dit, parallèlement aux influenceurs de réseaux sociaux mentionnés plus haut,
certains acteurs œuvrent pour donner une substance plus concrète à cette orientation.
Parmi eux :
Le Spinelli Group, un rassemblement de parlementaires pro-fédéralistes au
Parlement européen, qui milite pour une union politique plus intégrée;
Le Mouvement européen et la Fédération des fédéralistes européens (MFE), qui
défendent depuis longtemps l’idée d’une Europe fédérale;
Des partis et groupes politiques comme les Libéraux/Renew Europe et certains
membres des Verts qui plaident pour des institutions européennes plus puissantes;
Des think tanks (comme le Jacques Delors Institute) et universitaires qui mettent en
avant des scénarios de réforme fédérale, notamment dans les domaines de la défense,
de l’innovation ou de la politique sociale.
Sur le plan de l’opinion publique, l’idée de fédération européenne reste minoritaire
et très inégale selon les pays. Les sondages Eurobaromètre montrent une certaine
solidarité européenne sur des questions concrètes (projets de recherche, droits
sociaux...), mais l’idée d’un « gouvernement européen » ou d’un « État Fédéral »
ne fait pas consensus. Les citoyens demeurent attachés à leurs gouvernements
nationaux, et la montée du populisme et de l’euroscepticisme dans plusieurs pays
renforce la prudence vis-à-vis d’une intégration plus poussée. Dans certains pays
fondateurs (Allemagne, Pays-Bas, Luxembourg), la population est en général plus
favorable à un renforcement des institutions de l’UE, mais même là, une
fédéralisation totale suscite des réserves. Dans les États d’Europe centrale ou
orientale, l’idée est souvent perçue comme une menace à la souveraineté, notamment
dans un contexte de défiance face à certaines décisions de Bruxelles.
En somme, l’idée d’une « fédération européenne » gagne peu de terrain dans
l’opinion publique générale, et le mouvement en faveur de cette transformation reste
principalement porté par des cercles politiques et intellectuels peu connus du public.
Aucun processus constitutionnel majeur (comme une convention de révision des
traités) n’est actuellement engagé pour franchir ce pas.
Dominique Lemoine
Conseiller des Français de l’Etranger

Commentaires